jeudi 2 juillet 2020

Illumination parentale

J'ai compris. J'ai ENFIN compris.

Après 4 ans à vivre au milieu des jouets, je viens de piger pourquoi la majorité des jouets de premier âge produisent des bruits. Des grelots, du plastique crissant, que sais-je encore.

Toi, dans ta grande naïveté de jeune parent, tu penses que c'est pour le sacro-saint EVEIL de ton enfant, que ça va le stimuler, le rendre super intelligent d'avoir un truc qui lui fait dingdong dans les oreilles en continu. Éventuellement, au bout de quelques mois, tu percutes que ça t'offre aussi une aide inespérée dans les cas où tu as besoin que ton lardon se tienne tranquille, genre sur la table à langer. Parce qu'il faut le savoir, entre 6 et 8 mois, les bébés développent une capacité hors norme à se trouver à la fois dans 5 plans différents. Toi t'as besoin d'avoir les fesses et le dos approximativement à plat sur la table pour pouvoir fermer cette putain de couche rognntiiiiddddjuuu , et lui il défie les lois de la géométrie tranquillos 6 fois par jour. Alors tu lui colles un jouet pouic-pouic entre les pattes, et t'as vaguement une chance qu'il se tienne à plat dos 6 ou 7 secondes d'affilée le temps d'attacher la couche (et de ré-enfiler le pantalon, si tu as vraiment le cul bordé de nouilles.)

Mais en fait non. L'utilité ultime du jouet à grelot, c'est pas ça.

En vrai, le moment où ça te sauve la vie, c'est quand ton môme commence à ramper efficacement (comme l'Etourneau depuis quelques temps), et que tu dois le laisser quelques minutes (ou secondes) dans une pièce, seul. L'idée, c'est d'avoir plein de jouets qui font du boucan. Et de les parsemer stratégiquement tout autour de lui. Quand tu entends "bling bling" (ou pouet pouet, ou tut tut, t'as compris le principe), tu sais que l'armée ennemie s'est mise en marche, et qu'elle s'apprête à franchir les frontières de la zone autorisée. Au bout d'un moment, tu parviens même à identifier QUEL jouet est en train de couiner, et quel azimuth l'armée en question a choisi. Et du coup, tu peux passer pour un medium auprès de ton aînée en gueulant depuis la cuisine "Oh! C'est interdit de bouffer les roues de la poussette!" ou "Bibou, si tu lèches encore une fois la semelle d'une chaussure, je vais me fâcher!". Bon, il faudra quand même que tu te déplaces, parce que le bébé, lui, il s'en tape. Voire, s'il est comme le mien, ça a plutôt tendance à lui faire accélérer la cadence. Une fois qu'il se sait repéré, il se grouille encore plus pour arriver à faire sa connerie avant qu'on vienne l'arrêter. (Tout à l'heure, j'ai repéré à côté de la balle en tissu avec laquelle il jouait, un bout de carton par-fait pour être machouillé. J'ai dit "Ca c'est interdit, hein, tu le manges pas" en me levant. Le temps que j'arrive jusqu'à lui, il s'était jeté à plat ventre sur la balle et le carton, tout raidi, genre plaquage de rugby, pour m'empêcher de récupérer le truc et de le jeter.)

Voilà. Après on peut ptet envisager une solution à base de barbelés à grelot, pour les bébés les plus inarrêtables, je sais pas, faudrait réfléchir.

mercredi 1 juillet 2020

Petit Prince

Nawimba lit Le petit Prince avec le Moineau.

Du coup elle est venue me raconter où ils en étaient:

"C'est le petit prince, il trouve que sa fleur elle est toute bête et elle l'aime pas tout ça, alors il descend de sa planète. Mais au moment donné où il s'en va, elle lui dit "Mais non, je t'aime, je t'aime, je t'aime!" Alors il reste là, mais elle lui dit "Va t'en!" alors il s'en va.

C'est un peu triste quand même."

lundi 22 juin 2020

Retour en arrière?

Il y a certaines personnes sur Twitter avec qui je ne suis quasiment jamais en désaccord. Par exemple @Kozlika. Sauf aujourd'hui. Du coup, pour fêter ça, je me suis dit que j'allais développer dans une note.

Le premier tweet de Koz disait cela: périKozlika.png, juin 2020

Plus bas dans les réponses aux réactions que le tweet a provoqué, elle nuançait, et disait en gros avoir surtout du mal à comprendre pourquoi "notre" génération (je m'y reconnais en tout cas) accepte de se charger ainsi les barques "Charge mentale" "Douleur" "Temps" "Energie". Que ca lui semble un retour en arrière. Et que ça repose toujours sur les mêmes: les femmes.

J'entends assez bien tout ça, et je suis même d'accord avec elle sur certaines choses (notamment sur le déséquilibre entre hommes et femmes). Je crois que je ne mets pas tout dans le même panier (la question de la péridurale et l'allaitement, par exemple, sont des problématiques qui ont des points communs,mais pas tout en commun. Les petits pots et les couches lavables sont encore un truc différent pour moi.).

Pour dire d'où je parle: j'ai accouché sans péridurale, j'ai allaité ma fille jusqu'à 8 mois, et aimerais allaiter mon fils jusque vers 11 mois, 1 an (et oui, les nuits ne sont pas terribles). Ça nous est arrivé d'utiliser des couches lavables à certaines périodes bien spécifiques. J'ai préparé l'immense majorité des purées et compotes pour ma fille jusqu'à 1 an, et je fais pareil pour mon fils (il a un peu plus de compotes du commerce que sa sœur, je pense). Je précise aussi que j'ai un boulot qui me laisse relativement libre de mes horaires à plein de moments dans la semaine, normalement (c'est plus tendu d'habitude en ce moment, because la crise sanitaire).

Je crois que c'est pour ce qui concerne l'accouchement et la péridurale que je suis le moins en accord avec ce que disait Kozlika. D'abord parce qu'actuellement, y a environ 20% de femmes seulement qui accouchent sans péri, ce qui inclut toutes les femmes qui en voudraient mais ne peuvent pas en avoir, soit pour raisons médicales, soit parce qu'elles arrivent trop tard à la maternité (un deuxième ou troisième enfant qui arrive "trop vite", c'est courant). On est quand même loin de l'endoctrinement généralisé de la population sur la question.

Perso j'ai plutôt ressenti l'inverse. Il n'y a pas une personne à la maternité qui m'ait demandé SI je voulais une péri ou non. Tout le monde est toujours parti du principe que ce serait oui (c'était non, en fait, à la base, même si je ne m'interdisais pas de changer d'avis si l'accouchement durait trop longtemps, si je me sentais à bout, etc..).

Evidemment, il ne s'agit jamais entièrement d'un choix individuel, je sais pertinemment que je "coche" toutes les cases de la population type qui souhaite un accouchement "plus naturel". Ça n'en est pas moins pour autant un choix réfléchi. Je me vis comme une personne plutôt douillette, je n'aime pas la douleur, je fais en général ce que je peux pour l'éviter. Et en l'occurrence, j'ai eu envie d'essayer de faire sans péri, quand même, pour tout un tas de raisons. Si ca intéresse des gens, je peux redire ici ce que j'avais expliqué une fois sur twitter sur le "pourquoi" j'ai choisi de faire sans péridurale. Je ne le fais pas ici, parce que ça ne tient pas en trois lignes.

Pour résumer: l'accouchement avec péridurale me paraissait, les deux fois, beaucoup plus "subi" que l'accouchement sans. Je considère qu'accoucher sans péridurale m'a permis d'avoir deux accouchements rapides, sans trop de séquelles, pendant lesquels je me suis sentie en contrôle. Je me doute bien que plein de nanas auront un ressenti inverse: séquelles psychologiques d'avoir accouché sans péri, perte de contrôle, etc..

Pour moi, c'était plus confortable sans.

Et la douleur n'était pas, pour moi, insupportable. Deux heures après mon premier accouchement, j'étais littéralement prête à recommencer. Et pour mon second, mis à part les trois jours de contractions non efficaces (mais pas de possibilité d'avoir une péridurale de toute façon à ce moment là...), je garde un souvenir plus douloureux de mes hémorroïdes que de l'accouchement en lui même (oui désolée, j'ai dit un gros mot :D).

Alors évidemment, choix ou pas choix, influence ou pas influence de la famille, de la société, des médias, du lobby des sage-femmes au couteau entre les dents, c'est super dur à mesurer. Ce que je pense, moi, c'est qu'on a tou.te.s des représentations, des images, des idées. Et que les femmes qui accouchent avec péridurale ne sont pas moins influencées par tout un tas de trucs que les femmes qui accouchent sans. La question au final, c'est: est-ce que vous avez eu l'accouchement que vous vouliez? Est-ce que vous avez pu y prendre du plaisir, même un peu? Est-ce que vous en êtes satisfaite? Si oui, quelle importance ça peut avoir, que vous ayez été influencée dans un sens ou un autre?

Personnellement, je m'estime très très heureuse et chanceuse d'avoir eu, deux fois, des chouettes accouchements. Ca m'a plu. Et oui, même la douleur, parce que je l'ai vécue comme "utile", qu'elle m'a aidée à changer de position quand il fallait, etc.. Et oui, j'ai crié pour le premier accouchement, et non c'était pas très grave (même si ça a fait peur à mon amoureux, un peu, il en était nettement plus traumatisé que moi).

Et ça m'empêche pas de trouver très bien que d'autres femmes accouchent avec péridurale, si c'est leur choix. Ce qui me gave, par contre, c'est qu'on ne donne pas les clés aux femmes pour faire un choix éclairé. Et mon ressenti très subjectif et très partial, et très partiel, c'est que les femmes qui choisissent de faire "sans" sont en général mieux informées des conséquences (sur l'état de leur corps après l'accouchement, notamment) de leur choix que les femmes qui choisissent de faire "avec". C'est juste basé sur les femmes de mon entourage avec qui j'en ai parlé, c'est pas forcément représentatif, mais clairement j'ai des copines qui ont pas eu toutes les infos sur ce qui permet de préserver son périnée, par exemple.

Je pense que la seule option féministe est de dire que les femmes ont le droit de choisir comment elles accouchent, et de leur donner toutes les informations, les avantages et inconvénients de chaque méthode. Sans essayer de les effrayer ou de les endoctriner. Juste en les considérant comme des adultes qui peuvent décider de ce qui est le plus important, le moins douloureux pour elle, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Avec évidemment la dimension supplémentaire qu'un accouchement se passe souvent différemment de ce qu'on avait prévu, et que parfois, on est obligée de renoncer à certains de ses choix pour des raisons médicales.

Je pense que je parlerai dans une autre note de l'allaitement, des ptits pots, des couches, etc., d'une part parce que ça fait super long comme note, déjà, et d'autre part parce que la problématique est différente: Ce n'est pas une questions d'heures, mais de semaines, de mois, d'années. Et la question de l'implication des pères (et deuxièmes mamans, mais soyons honnête, ça va pas poser les mêmes problèmes de répartitions des tâches, dans la majorité des cas) est beaucoup plus importante.

dimanche 14 juin 2020

Grandes questions

Elle m'a vu prendre un doliprane, et la question a fusé "Tu veux pas de troisième bébé?". Et puis vite, les mains sur le nez et la bouche, comme prise en faute d'avoir dit un truc plus gros qu'elle.

Ça m'a prise un peu à froid, je dois reconnaître. Elle a passé les trois derniers mois à la maison, vu personne depuis mi-mars à part trois fois ses grands parents ce mois-ci.. Qui lui a parlé de pilule contraceptive?? Ca doit faire un moment que ça mijote dans sa tête.

Pas réussi à savoir d'où ça venait exactement ("J'y ai pensé toute seule"), mais j'ai quand même répondu que 1. Je prenais juste du doliprane parce que j'avais mal au dos, et que 2. Non, effectivement, on ne prévoyait pas d'avoir un troisième bébé (ce qu'elle sait, on en a déjà parlé..).

Et du coup, le soir, évidemment... avec l'air de parler à son reflet dans le miroir, derrière moi:

"Mais comment on fabrique les bébés?"

Alors j'ai demandé: "Ben toi, à ton avis, t'en penses quoi?"

Elle m'a répondu "On prend pas le médicament!"

"Alors effectivement, c'est un bon début, mais ça suffit pas. Comment on fait pour fabriquer les bébés? Et d'abord, est-ce que tu crois qu'on les fabrique vraiment?"

Elle a eu un air un peu perplexe,et elle a fait "Euh, pas avec la boite à outils, quand même?"

Je me suis retenue de commencer ma réponse par "En général", et j'ai juste dit "non". Et puis j'ai expliqué qu'en fait, pour ce qui est de la fabrication, ça se fait un peu tout seul ("il faut beaucoup manger, quand même!" m'a-t-elle interrompue), mais qu'il faut faire des choses pour que la fabrication commence. Et puis j'ai expliqué l'ovule et le spermatozoïde, et parce qu'elle est merveilleuse, et pour se laisser le temps, et pour nous laisser le temps, elle a changé de sujet avant que ne se pose concrètement la question de COMMENT ces deux-là peuvent bien arriver à se rencontrer :D

Plutôt contente de l'épisode, de mon côté :)

mercredi 10 juin 2020

Dur

Il y a encore une dizaine de jours, je me disais que je vivais nettement mieux la situation "COVID" que d'autres, que j'avais de la chance. Le confinement avait été un peu compliqué côté boulot, et y avait eu une période dure avec le Moineau, mais bon an mal an, on s'était arrangés pour faire tourner la baraque, avec une organisation un peu militaire de l'emploi du temps, heure par heure. J'y trouvais mon compte, repliée dans mon intimité familiale, avec mon amoureux et mes enfants, mes fleurs et mes plants de tomates.

Depuis dix jours, on souffre. On est débordés. La maison part en cacahuète. Deux chiottes qui fuient, deux points d'eau qui se bouchent. Le bordel qui s'accumule et que je n'arrive plus à résorber. Le bébé qui se déplace de mieux en mieux et porte tout à la bouche, qu'il faut surveiller comme le lait sur le feu. La montagne de linge. La copro dont on est syndics et qu'on arrive pas à suivre (il faudrait organiser une AG, on arrive pas à s'y mettre, ni même à faire l'appel de fonds annuel.). La maison crade. Rester à peu près propres tous les 4. Je parle même pas du jardin. Mon beau-frère agent immobilier s'est ramené avec une super baraque trop chère pour nous qu'il voudrait qu'on achète, alors qu'on avait prévu de ne changer de maison que dans un an. Ça nous a fait rêver, un peu, mais outre la question de l'argent, juste l'énergie qu'il faudrait pour bousculer nos plans, pour rendre la maison présentable et vendable, ça me paraît insurmontable.

Les nuits sont mauvaises, aussi, ça n'aide pas.

J'arrive à bosser, à peu près. Mais il n'y a aucun répit possible avant, je pense, la fin juin, ou la première semaine de juillet. Il faut finir un article, reprendre les emplois du temps, s'occuper des rattrapages, faire une synthèse de ce qui a posé problème aux uns et aux autres pour préparer la rentrer. Préparer des cours en mode hybrides aussi. Et puis des réunions. Un colloque auquel je voudrais assister (en visio), ça me ferait vraiment plaisir, mais ça prend du temps, je ne sais pas si je vais pouvoir.

Il y a deux jours, on a appris que la maîtresse du Moineau venait d'être mise en arrêt maladie, jusqu'à la fin de l'année. Le message était très court, assez impersonnel, ne lui ressemblait pas. Ça pue le burn-out, bien plus que le covid. Je suis inquiète pour elle, et désolée pour nous, parce que ça fait un soutien psychologique de moins. Il va falloir trouver seuls de quoi faire bosser la gamine. J'avais plein d'idées, il y a quelques semaines, quand j'étais encore capable de faire fonctionner mon cerveau. Là: ça me paraît horriblement compliqué, d'un coup.

Nawimba est patraque depuis quelques jours. Très fatigué, plus que moi encore. Il a fini par consulter, et bien sûr, avec une sinusite, des céphalées, un léger essoufflement, des vertiges, il a été mis en quarantaine, et doit aller faire un test PCR. Ce qui veut dire, si jamais il ne parvient pas à faire le test, ou que le test est positif, qu'on repart pour une deuxième période de confinement strict (on a déjà eu le même truc en mars, 14 jours sans sortir du tout). Que ça va être compliqué pour moi d'aller chercher le bouquin dont j'ai besoin à mon labo (à 1h15 en transports en commun de chez moi). Que si j'y vais, je vais devoir le laisser seul avec les enfants, alors qu'il a la tête qui tourne la moitié du temps. Qu'il est impossible de demander de l'aide à mes beaux-parents, qui ne demanderaient pourtant pas mieux que de venir s'occuper des enfants.

J'aurais besoin d'une pause. De dormir. D'avoir un peu moins mes enfants cramponnés aux basques. Que quelqu'un d'autre que nous s'occupe de la bouffe, du ménage, de la lessive, du jardin, de nos boulots. Que le concours de Nawimba soit derrière lui, et pas dans 4 semaines. Et tout ça est inatteignable pour le moment.

Je vais répéter ce que je disais tout à l'heure à quelqu'une qui passera peut-être par ici: En plus des grandes tragédies personnelles et économiques, y a beaucoup, beaucoup, de "petites violences" qui s'accumulent, là (pas que chez moi, hein. Dans mon entourage, y en a des conversations pleines).

C'est dur.

samedi 6 juin 2020

Imitations

A quelques heures de distance, l'autre jour:

Le Moineau déclarant: "J'ai une fille elle s'appelle Niña. Avant, c'était "Nenaü", mais y a le "e" et le "u" qui se sont perdus, et y a un "i" qui s'est rajouté, et ça donne "Niña" ". Cette enfant n'a pas quatre ans, et elle fait de la pseudo-linguistique historique. Je me sentais un peu "coupable" parce que je lui avait expliqué l'avant-veille pourquoi "vingt" avait gardé un G et un T bizarre à la fin, et fait l'évolution historique du latin "viginti" au français "vingt". Deux minutes plus tard, Nawimba me confesse que de son côté, il lui a expliqué que "filius" avait donné "hijo" en espagnol. On est irrécupérables, et on va créer un monstre (un monstre mignon, quand même).

L'Etourneau se met maintenant facilement sur le ventre, et attrape de plus en plus tout ce qu'il trouve, notamment les jouets de sa sœur, évidemment. Depuis quelques jours, on lui donne d'ailleurs nous-mêmes des personnages Duplo quand on a pas ses jouets à lui sous la main. Et à un moment, je le vois donc, allongé sur le ventre, sur le tapis à côté du , quiMoineau, qui jouait tranquillement avec ses Duplo et ses playmobils. Il avait lui aussi un bonhomme Duplo dans chaque main, et au lieu de juste les mettre à la bouche, il les frotte l'un contre l'autre. Et puis il s'interrompt, tord la tête vers la gauche dans l'exact mouvement qu'a un collégien pour apercevoir ce que son camarade est en train d'écrire sur sa copie. Il observe sa sœur quelques secondes. Puis revient à ses bonshommes et les frotte de plus belle, en reproduisant ce qu'elle est en train de faire. Il est littéralement en train d'apprendre à jouer en la regardant. C'est évident, hein, que les cadets apprennent en regardant les aînés. Mais le voir comme ça pour la première fois (ou seconde, parce que j'avais déjà remarqué qu'il imite certaines de ses intonations parfois), c'est assez émouvant, je dois dire.

Ca pousse, ça pousse.

jeudi 4 juin 2020

Faire du lien

Tout à l'heure, j'ai eu longuement au téléphone un étudiant qui a planté son semestre (et un peu son année, en fait), pour plein de raisons, le confinement n'étant que la goutte d'eau qui a fait déborder un vase déjà bien rempli. Je ne peux évidemment pas changer grand chose à son cadre de vie, à sa situation financière, à son mal-être. Mais j'ai essayé de dénouer un peu l'écheveau du côté universitaire, tout en ayant l'impression de m'y prendre bien tard. J'ai l'impression que si j'avais pris le taureau par les cornes plus tôt, j'aurai peut-être pu lui éviter de se crasher cette année, le rattraper au vol avant que la démotivation et les difficultés le fichent par terre. Le congé maternité d'un semestre, et le confinement, et son absentéisme entre les deux n'ont pas aidé, c'est vrai, mais j'avais des échos par des collègues qui auraient dû m'alerter.

Un truc que j'ai discuté avec lui était le fruit d'une autre conversation, avec mon amoureux, il y a quelques semaines (à propos de ce même étudiant). Nawimba me racontait comment, venu comme mon étudiant de banlieue, et arrivé dans le petit monde universitaire parisien comme un chien dans un jeu de quille, il avait mis des années avant de comprendre qu'à l'université, et en particulier, dans cet établissement où je bosse, dans cette toute petite licence, les étudiants et les enseignants devaient travailler ensemble. Pas chacun dans sa direction. Pas les uns contre les autres. Que chacun ne fait pas sa vie de son côté, mais qu'on vit et progresse ensemble. Il me disait qu'il l'avait compris très tard, et que ça avait d'une certaine façon fondé sa façon d'être, à son tour, prof. Son rapport aux élèves, aujourd'hui. Ça m'a frappée, cette conversation, parce que ça n'a rien à voir avec ma propre expérience d'élève ou d'étudiante. J'aurais eu du mal à réaliser ça toute seule s'il ne me l'avait expliqué. Moi, à six ans, j'étais déjà plus douée pour créer du lien social avec les instits qu'avec mes camarades. J'étais la bonne élève type, avide justement de dissoudre la barrière entre enseignants et élèves. Avec beaucoup d'entre eux, et en particulier à l'université, j'ai eu un comportement cherchant à créer de la connivence (ce qui est sans doute aussi problématique, d'une autre façon, j'en sais rien). Et ça reste évidemment très prégnant dans mon habitus et mes pratiques d'enseignante.

Alors avec mon étudiant, tout à l'heure, je suis partie de ça. Je lui ai dit que malgré le côté un peu froid de certains collègues, trop "professionnels" pour laisser entendre qu'ils sont affectés par des comportements qu'ils perçoivent comme irrespectueux, ou par l'échec des étudiants; malgré le mécanisme de la notation qui fout parfois un peu le bordel et maintient une apparence de hiérarchie là où il ne devrait pas y en avoir: les enseignants sont là pour ( et uniquement pour, de mon point de vue,) faire progresser les étudiants.Qu'on pouvait s'adapter à ses besoins (un des avantages d'un très petit effectif). Et que personnellement, j'étais prête à beaucoup bosser avec lui pour l'aider à valider sa licence, et que mes collègues aussi, mais qu'on ne pouvait pas ramer seul(e)s. Et qu'il pouvait aussi choisir de ne pas continuer, que tout dépendait de ses envies et de ses possibilités.

Je ne sais pas s'il sera encore là l'an prochain, mais je crois qu'il m'a entendue.

Maintenant, faudrait que j'arrive à expliquer l'autre face du schmilblick, la sienne, à mes collègues. Pas facile-facile non plus. J'ai failli faire chialer une collègue l'autre jour en réunion, en disant qu'il allait falloir faire très attention à l'aspect "vie de promo" au semestre prochain, où nous serons encore essentiellement en distanciel. C'était pas juste ma remarque, en fait: elle bouillait déjà depuis un moment parce que l'organisation de la rentrée, les emplois du temps mixte, les enseignements à repenser, après un semestre déjà pas simple, ça faisait déjà beaucoup. L'idée de faire l'animation et trouzemille trucs en plus lui semblait insupportable, ce que je peux comprendre.

Mais je n'en démords pas, en particulier pour ma petite section (on est en général 20, enseignants et étudiants, à tout casser): il va falloir travailler à souder les étudiants et les enseignants, les étudiants entre eux, au sein d'un même niveau et entre les niveaux. Encore plus que d'habitude. Et que vogue la pirogue :)

jeudi 28 mai 2020

Adjectifs

Il y a peu ma mère nous as envoyé un paquet avec un kit de survie: des masques pour nous, et des livres pour le Moineau. Il y en avait des neufs, parce que ma mère a un rituel où elle envoie un petit bouquin par mois à ses deux petites filles (ses petits fils ayant respectivement deux et 7 mois, ils n'y ont pas encore droit, c'est trop injuste!). Et des vieux, à mon frère et moi, qu'elle a récupérés dans la bibliothèque "enfant" chez elle. J'aime bien lire mes livres d'enfance à ma fille, même ceux que je trouve, avec le recul, complètement cucul-la-praline. Dans le lot, il y avait ça:

LarousseToutPetits.jpeg, mai 2020

J'en gardais un très bon souvenir, et j'étais contente de le retrouver. Mais au delà de ça, on en fait lire quelques pages au Moineau le soir, et d'autres parfois dans la journée, et c'est un vrai vrai plaisir:

  • Premier dictionnaire! Dans une famille comme la sienne, ça compte.
  • Ca nous a permis de lui expliquer le principe de l'alphabet (elle commence à le connaître, mais là, elle a vu l'utilité de ranger les lettres dans un certain ordre. Que c'est pas juste une comptine, quoi..).
  • Les mots sont en majuscules (elle ne connaît pas encore toutes les minuscules).
  • Les majuscules sont accentuées (dans un bouquin qui a plus de 30 ans! C'est trop ouf.)
  • Y a des mots pas courants du tout, qui permettent à la fois que le Moineau soit obligée de les lire, et puisse difficilement les deviner, et qui viennent grossir son vocabulaire (qui est déjà pas minable, je vous prie de me croire.).
  • c'est l'illustratrice de Mimi Cracra, que j'aime beaucoup, et le Moineau aussi
  • C'est pas mal inclusif, y a beaucoup de filles, et plein de couleurs de peaux différentes
  • Les petites citations littéraires en dessous sont souvent très sibyllines, et un peu rien-à-voir. On pourrait croire que c'est un défaut, mais en fait, je me souviens avoir pas mal rêvassé et réfléchi sur ces petites phrases, et que ça nourrissait aussi mon imaginaire (celui du Moineau étant dopé aux amphétamines, je pense qu'elle y trouvera aussi son compte quand elle arrivera à les lire).

Là c'est celui des adjectifs (on n'avait que celui là à la maison), mais à la vitesse où elle l'avale, je vais ptet essayer de trouver les autres d'occas (je viens de voir qu'il y a les verbes, les noms propres, les adverbes, au moins)

(Voilà, et sinon, je m'étends pas pour pas vous saouler encore plus avec mon orgueil de mère, mais de jour en jour ma fille de 3 ans et 10 mois apprend goulûment à lire, et je suis tellement fière d'elle, et c'est tellement joli de la voir s'emparer de la lecture, et j'ai tellement hâte qu'elle puisse se plonger seule dans des histoires, et, et, et.. )

dimanche 24 mai 2020

Possibilités

Aujourd'hui, Nawimba emmène les enfants chez ses parents. Pour la première fois depuis 10 jours avant le confinement, je vais être seule à la maison pendant plusieurs heures. Qu'est-ce que je vais choisir de faire? faire du ménage? du jardinage? ranger? travailler? dormir? Tant de possibilités, si peu de temps!

La môme est en mode super-grande depuis ce matin. Je suis allée coucher le bébé pour une petite sieste, et en redescendant, je l'ai trouvée au pied de l'escalier, elle avait "tout préparé pour aller chez Papy et Mamie":

Tout est prêt!, mai 2020

Elle est autant dans les starting blocks que moi!

jeudi 21 mai 2020

Rêves

Le Moineau a pris l'habitude de nous raconter ses rêves (en général peuplés par ses amis imaginaires et autres personnages de films et de livres) dès son lever. Je voudrais les enregistrer, y a vraiment des perles. Avant-hier, elle avait rêvé du Virus. Il était tout vert et tout petit "comme le cœur de Te Fiti" (dans Vaiana).

Le coeur de Te Fiti dans les mains de Vaiana, mai 2020

Le virus était une fille, et elle était copine avec le bureau du Moineau. Le virus n'avait (évidemment) pas de bouche pour parler, alors c'était le bureau qui lui avait révélé cette amitié. Le bureau n'a pas de bouche non plus, mais il a des poumons magiques qui faisaient comme des tatouages et qui racontent des trucs. Le virus avait également un papa, qui était mort, parce qu'il ne mangeait rien, se privait de tout pour tout donner à sa fille.

Ce matin, elle a de nouveau rêvé de personnages Disney. Ce coup-ci, c'était Anna (de la Reine des neiges) qui était devenue méchante, et faisait peur à Elsa. Elle était méchante parce qu'elle avait rencontré un canard. J'ai demandé des précisions: en fait, c'était plus spécifiquement à cause d'un os de canard magique (l'os, pas le canard). Et à la fin, elle remettait l'os dans la peau du canard, et elle redevenait gentille.. J'ai demandé ce qu'elle, le Moineau, faisait dans l'histoire, elle m'a dit "Ben non, moi je dormais, j'étais pas dans l'histoire". Logique.

Cette gamine est exactement comme son père: des histoires plein la tête, toujours renouvelées. Ils ont une capacité qui m'épate à remodeler les intrigues, à faire des liens entre les personnages, à rebrasser, remélanger les structures narratives. Pour les amis imaginaires, c'est pareil, ils sont exactement sur le même modèle. Là par exemple, il s'est éclaté à faire un tournoi des héroïnes et héros de l'antiquité greco-latine sur Twitter, et pendant plusieurs jours, on a vraiment vécu avec Hercule, et Cadmos, et Penthesilée (en plus de la tripotée de potes invisibles du Moineau)...

J'en suis à me demander si on devrait pas encore prévoir une ou deux pièces de plus que ce qu'on avait pensé, dans notre prochaine maison, pour loger tout ce beau monde.

samedi 16 mai 2020

Mensiversaire

L'Etourneau a 7 mois aujourd'hui. C'est toujours un bébé rigolu et de bonne composition, attentif et curieux. Il est très tonique, gigote beaucoup et donne de mémorables coups de pieds (aië) dans tout ce qu'il peut (si on le met devant un ballon, il shoote dedans de bon coeur, par exemple..). Il se retourne du dos vers le ventre, et du ventre vers le dos, et depuis quelques jours, il fait des abdominaux en soulevant la tête et les jambes pendant 4-5 secondes, avec l'air concentré d'un sportif de haut niveau (encouragé par sa sœur qui lui crie "Aaallez, les HHHabdominaux!")

Il a une bouille toute ronde, des grands yeux bleus-gris et des cils très longs ("un beau ramasse-miette", comme a dit ma frangine..). Et pas beaucoup de cheveux sur le caillou, mon petit crane chauve.

Il n'a qu'une dent, et mais s'en sert bien volontiers (re-aïe). Il est diversifié depuis trois mois et marque déjà bien ses préférences. Il aime le poireau, le pruneau, et la pomme qui sent le cramé (ai-je laissé brûler une casserole il y a dix jours en faisant de la compote? peut-être...), mais pas beaucoup le cœur d'artichaut et les champignons de Paris.

Il papote beaucoup, a toute une variété de bruits de bouches et de modulations de la voix. Il dit "Papa" à destination de son père (mais je me demande s'il essaye pas avec moi aussi, parfois, il a ptet pas encore bien compris que ça ne concernait qu'une personne..), et un truc qui pourrait être le surnom de sa sœur. Il a un super sens de l'humour, beaucoup moins basé sur la répétition que la plupart des bébés que j'ai connus. Il aime la surprise, et rigole des trucs nouveaux, mais faut pas essayer de lui faire la même grimace plus de 5 minutes. Ça nous oblige à être inventifs (oui, "oblige", parce que faire rire un bébé, c'est le plus grand plaisir du monde entier.).

Il fait des calins avec la main, et depuis longtemps, des bisous. Enfin.. il me choppe la tête par les oreilles et se précipite la bouche grande ouverte et la langue sortie pour se frotter sur ma joue, ou sur ce qui se trouve sur son chemin, disons (et la sensation est différente de quand il veut téter, où il lui arrive de faire la même chose et de téter ma joue, ce qui est très désagréable). Il aime jouer avec mes cheveux, sa petite main sur ma nuque, et il aime tirer les poils de barbe de son père. Il lui vole aussi ses lunettes, et proteste énergiquement si on a le culot de les lui reprendre. Il mange les pantoufles qu'il arrive à choper.

Il dort depuis quelques semaines dans sa chambre, avec sa sœur. La transition a été compliquée, et le confinement nous a permis de le faire sans être trop explosés par les mauvaises nuits. Il se réveille toujours au moins une fois dans la nuit, parfois plus. Je repense souvent à une formule d'une copine, qui disait de son fils qu'il était "la lumière de nos jours, et une sirène dans nos nuits".

Je suis un peu inquiète de comment se passera le retour à la normale dans quelques mois, vu qu'il ne va sans doute pas retourner chez la nounou avant septembre. Mais ces quelques mois entre nous sont l'occasion de profiter de sa toute petite enfance à fond, et je ne m'en lasse pas. Ses premiers mots seront pour nous, ses premiers déplacements aussi, peut-être même ses premiers pas s'il les fait un peu tôt (le Moineau s'est planquée de nous pendant un mois et demi. On avait des gens qui nous disaient "je l'ai vue marcher", mais elle voulait pas le faire devant nous... Petit chameau.). C'est, sauf changement de plan improbable, notre dernier bébé, et on emmagasine les souvenirs. J'aime les bébés et les enfants à tous les âges, mais ces premiers mois, ça fera, c'est sûr, de la nostalgie...

mardi 12 mai 2020

Mon jardin de printemps

Confinement oblige, j'ai passé beaucoup plus de temps que d'habitude en début de printemps dans mon jardin. Je n'ai pas pu faire tellement plus de choses (parce que, pour le meilleur et pour le pire, je ne suis pas confinée seule, voyez vous...) en termes de petits et grands travaux, mais j'ai eu le loisir de regarder pousser les plantes, éclore les fleurs, et tout le bazar :) Ca m'a consolée un peu de ne pas pouvoir profiter du printemps pour voir les glycines, les arbres de Judée, les chorètes du japon fleurir dans mon quartier..

Alors voilà, des ptits bouts de mon jardin, pris avec mon téléphone qui fait pas des très bonnes photos (ou alors c'est moi, c'est possible aussi). Je me rends compte que je n'ai pas pris de photos des roses, ni de la monstro-vigne, ni de belles photos de l'énorme coussin de campanule sous la belle sauge en fleurs.. On les aperçoit sur la photo avec une vue d'ensemble, mais on ne les voit pas très bien...Ce sera pour le coup d'après :)



Jacinthes sauvages, mai 2020


Sous le pommier, mai 2020

Pommier en fleurs.jpg, mai 2020

vue d'ensemble du jardin.jpg, mai 2020

Fleur de bourrache.jpg, mai 2020
Petit céanothe deviendra grand.jpg, mai 2020
Seringat.jpg, mai 2020

jeudi 7 mai 2020

Petits plaisirs, petits bonheurs

La nuit dernière: la respiration profonde, légèrement décalée, de mes deux enfants, à la fin de la tétée de l'Etourneau. La grande à gauche de mon oreille, le petit dans mes bras.

En fin de matinée: le message bienveillant de mon psy, en réponse au mien annonçant que je ne reprendrai pas les séances d'analyse avant septembre, parce que j'ai besoin de sérénité.

En milieu d'après-midi: le mail d'encouragements et de remerciements écrit à la vice-présidente Formation de ma fac. Ca fait un moment que je voulais lui dire combien je leur étais reconnaissante, à elle et à son équipe, du boulot qu'iels font depuis le début de la crise, de leur bienveillance, de leur écoute, et des décisions mesurées qu'ils prennent. Ca m'a fait plaisir de le lui écrire.

En fin d'après-midi: le don d'un gros carton de vêtements d'enfants et de grossesse au Laboratoire Ecologique Zéro déchet de Pantin. Ils font un énorme boulot de collecte pour des associations diverses, et en l'occurrence, ça devrait aller à Un petit bagage d'amour, qui aide les femmes enceintes et jeunes mères à la rue. C'est trop cool que toutes ces fringues servent au lieu de stagner ici, et ça fait de la place chez moi. Dans les vêtements de la naissance à 6 mois, il ne me reste plus que ce que je veux garder comme souvenir (et un petit sac à envoyer à mon frère d'ici quelques jours pour son bébé). Et toutes les fringues très-très fille pour les âges entre 6 mois et 3 ans sont partis aussi. De l'air, de l'air!

mardi 5 mai 2020

Ribambelle d'amis

Le Moineau a des amis imaginaires depuis un peu plus d'un an. La première est apparue pendant mon deuxième mois de grossesse, environ 3 semaines après qu'elle a compris (seule) qu'un deuxième bébé était en route. Et a presque magiquement réglé les crises que cette nouvelle avait fait naître. On se faisait juste un peu engueuler parce qu'on s'asseyait sur sa copine invisible. Cette première copine n'avait pas de nom, elle s'appelait "ma copine imaginaire". Un mois après, elle a été rejointe par un "copain imaginaire". Encore un mois après, il y a eu "David" (c'est le prénom d'un petit garçon qui avait été gardé avec elle quelques mois chez la nounou quand elle était toute bébé). Encore un mois après, Pikachu les a rejoints (je ne sais pas si Pikachu est un pokémon, ou un humain...).

Pendant un bon moment, elle est restée avec ces quatre là. David mourait régulièrement, et ressuscitait. La copine et le copain imaginaire avaient chacun un papa décédé (je me rappelle la première fois que le papa de la copine imaginaire est mort: le Moineau en sanglotait presque dans la rue. Top ambiance). La copine vivait avec nous, les autres rentraient chez eux le soir.

A l'entrée à l'école, les amis imaginaires se sont fait plus discrets. Moins besoin, sans doute, et puis les copains d'école fournissaient déjà bien suffisamment d'histoires et de questionnements. Après la naissance de l’Étourneau, un nouveau est apparu dans la bande: Mohamed (du nom d'un petit garçon qui dormait à côté d'elle au dortoir, mais qui n'était pas dans sa classe). David, lui, à ce moment, était définitivement mort. Mohamed est très vite devenu inséparable de Pikachu. Y avait d'ailleurs un truc marrant, dans cette paire, qui était reflétée par une paire de poupées: sa première poupée, qui s'appelait originellement "Poupée" s'est mise à s'appeler "Jeanne" (comme un personnage de Tchoupi), et une autre qui n'avait pas de nom s'est mise à s'appeler "Léa" (comme une petite fille de l'école qui souffle un peu le chaud et le froid, et change d'avis de minute en minute sur le degré d'amitié qu'elle entretient avec le Moineau). Donc y avait "Mohamed et Pikachu", et "Jeanne et Léa". A chaque fois, un personnage de fiction, et une personne réelle.

Au début du confinement, on en était là.

Et là, d'un coup... Elle s'est mise à intégrer à sa liste d'amis imaginaires TOUS les personnages féminins (et deux masculins) des films et dessins animés qu'elle voyait. Au rythme d'un film par semaine environ... Actuellement, si je ne me trompe, il y a:

  • Pikachu,
  • Mohammed,
  • Elsa,
  • Anna,
  • Vaiana,
  • Belle,
  • Chiita,
  • Satsuki,
  • Mei,
  • Kiki,
  • Heidi,
  • Peter,
  • Karl,
  • Teresa,
  • Clara.

Et puis Moriane et Mor-anne. Et la copine imaginaire, qui depuis quelque temps porte comme prénom le surnom du Moineau, au cas où on aurait pas pigé l'identification. (Plus de trace du copain anonyme, par contre). Comme elle éprouve le besoin d’égrener la liste toutes les trois phrases, je commence à bien les connaître. Ils sont princesses, sorcières, héros, enfants, adultes, morts ou vivants, mortels ou gentils.

Ils sont un peu multi-usages. Parfois, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une petite armée, qui la protège, et que c'est pour ça qu'elle éprouve le besoin de les lister et de les compter. Ça les consolide, peut-être. Elle m'a demandé si elle pouvait les emmener dans son lit à la sieste, tout à l'heure.

Parfois, ce sont des frères et sœurs. Elle m'a expliqué tout à l'heure, que c'était super, d'avoir plein de frères et sœurs imaginaires, qui ne sont pas petits comme l’Étourneau. Alors je me dis que ça lui sert à ne pas être seule entre nous (elle nous informe de temps en temps que nous sommes les parents de tout ce beau monde, je suis un peu submergée).

Parfois, ce sont des substituts de copains de classe. Pendant que j'écris, par exemple, elle est en train de faire un cours de gym avec toute la bande. Elle les fait passer groupe par groupe, elle leur fait faire des exercices de yoga ("et je veux voir personne baisser les jambes pendant 15 minutes! Et après on se redresse tran-quil-lement"). Tout à l'heure, ils faisaient tous l'étoile de mer sur le tapis, j'ai dû leur faire de la place en poussant tout ce qui gênait. Parfois ils sont plus ancrés dans leurs fictions spécifiques, et elle rejoue avec eux les scènes les plus périlleuses des films.

Ça m'attriste, parfois, parce que je vois bien qu'ils sont une réponse à quelque chose de souffrant, qu'on ne parvient pas à soulager de notre côté. Qu'on ne peut sans doute pas soulager, en fait. Et en même temps, je trouve ça malin, comme solution. Elle est résiliente, ma fille, comme beaucoup de gamins. Ptet qu'on devrait tous en prendre de la graine.

(Je viens de lui dire à l'oreille "je t'aime". Elle m'a demandé de le dire à tous les autres. J'ai dit qu'elle pouvait leur dire de ma part. Elle a murmuré "je t'aime de la part de maman", avant de m'annoncer: ils sont tous collés à ma bouche, ils ont entendu!).

dimanche 3 mai 2020

Du mauvais pied

Ce matin, réveil à 8h23, le bébé pleurait (première nuit entière passée dans la même chambre que sa soeur, moyennant deux interruptions-tétées, yay!).

A 10h04, j'ai pu prendre la première bouchée de mon petit déjeuner.

Entre temps, j'ai (ordre approximatif):

  • donné le sein à l'Etourneau
  • joué avec lui pendant que son père comatait à côté de nous,
  • levé le Moineau, dont la couche avait débordé
  • nettoyé la gamine
  • habillé la gamine
  • enlevé les draps de son lit
  • vidé la machine à laver d'hier, trié le linge qui va au sèche-linge et celui qui n'y va pas
  • lancé une lessive à 60° (non sans avoir remonté l'escalier parce que l'autre drap, dans lequel la couche avait débordé hier était dans le panier du haut).
  • étendu le linge
  • lancé le sèche-linge
  • lancé un lave-vaisselle (à tort, en fait, il était propre, juste pas vidé).
  • rapatrié près du lave-vaisselle toute la vaisselle qui restait encore dans la cuisine et dans la salle à manger
  • nettoyé un bout du plan de travail
  • préparer le chocolat du Moineau
  • préparé les boules à thé pour Nawimba et moi
  • essuyé les fesses de la gamine après son passage aux toilettes
  • nettoyé la table
  • vidé le lave-vaisselle avec Nawimba
  • rechargé le lave-vaisselle
  • mis la table du ptit déj
  • réussi à préparer mon demi pamplemousse (c'est pas que j'en avais super envie, mais on en a eu deux fois de suite dans les paniers de légumes commandés à Rungis, et personne d'autre n'aime ça dans la famille.
  • fait une première tartine au Moineau,
  • essayé de sauver un plant de tomate subclaquant en le ré-enterrant plus profondément dans son pot pour qu'il refasse des racines à partir de la tige
  • déplacé l'arche du bébé qui s'énervait pour voir si ça allait mieux avec un autre jouet
  • fait une deuxième tartine au Moineau.

Pendant ce temps, j'ai aussi:

  • réussi à aller pisser et m'habiller, quand même
  • lavé mes mains un nombre important de fois
  • shooté au moins trois fois dans les roues du caddie de courses qu'on ne peut pas ranger à cause du bordel qui s'entasse à sa place habituelle
  • rouspété et juré un nombre incalculable de fois
  • écouté, d'une oreille distraite mais légèrement envahie, le Moineau me raconter en boucle toutes les aventures nocturnes de l'ensemble de ses amis imaginaires, qu'elle éprouve le besoin de lister en entier à chaque phrase.

T'en foutrai, des "morning routines" épanouissantes qui te donne du peps et de la bonne humeur pour toute la journée.

Bon,c'est pas tout ça, je vais aller plier du linge, préparer des compotes pour le bébé, et mettre des boutons-pression aux bavoirs dont les scratchs sont fatigués.

samedi 2 mai 2020

Ira, ira pas?

Notre ville fait partie de celles concernées par cet article, qui indique que huit maires de Seine-Saint-Denis refusent de rouvrir les écoles maternelles et les crèches avant septembre. J'avoue qu'en l'apprenant, nous avons été plutôt soulagés, de ne pas avoir à décider si nous devions ou non renvoyer le Moineau à l'école dans quelques jours. Comme je l'écrivais sur Mastodon:

Spontanément j'aurais dit "non, c'est trop tôt". MAIS si je trouve qu'elle va trop mal à ce moment là, qu'elle a besoin de voir des gens, je pencherai sans doute plus vers le "oui". MAIS en même temps, j'estime qu'en Seine-Saint-Denis, on est vraiment pas prioritaires par rapport aux gens qui ont besoin de bosser pour pouvoir bouffer, ou aux gens qui virent dingues avec leurs mômes en appartement (on a un jardin, et je ne reprendrai pas les cours avant septembre). Donc ptet que je la garderai quand même au final. Je sais pas.

Pas de décision à prendre, donc. Et puis le soulagement aussi de pouvoir un peu plus se projeter dans la durée (je ne sais pas encore si Nawimba reprendra les cours, et si oui comment, et donc si je resterai à la maison seule avec les enfants ou non. Mais je sais au moins que les enfants sont chez nous, tous les deux, pour les 4 mois à venir (sauf renversement magistral de situation, pour la grande).

Cela dit, la maîtresse a demandé aujourd'hui sur le groupe whatsapp de la classe quels enfants reviendraient à l'école la semaine du 18. Apparemment, tant que la réponse du préfet n'est pas arrivée, ils font comme si les écoles allaient rouvrir. Sauf que bien sûr, ça va vouloir dire: masques pour la maîtresse et idéalement pour les petits (quand je dis "idéalement"... oui, bon, on se comprend, hein). Pas de contacts entre les enfants. Pas de temps de regroupement sur les bancs. Pas de jeux ensemble à la récré, pas de vélos, pas de toboggan. Des tables espacées dans la classe. Pas de coins "jeux" (sinon il faudrait tout pouvoir désinfecter tout le temps). Pas de cantine, je suppose. C'est au mieux irréalisable, et au pire, de la maltraitance psychologique. Ou l'inverse. (Je comprends bien qu'on ne puisse pas faire autrement et qu'il n'y a pas de bonnes solutions, hein. Juste, c'est nul.)

Donc voilà, même si l'école rouvre, elle n'ira pas. Pas dans ces conditions là. D'ailleurs le reste des parents est sur la même longueur d'onde. Très peu ont répondu que leurs enfants viendraient, pour l'instant. Je précise qu'évidemment, ce n'est pas toujours une question de choix: certaines personnes ne pourront pas faire autrement que de remettre leurs enfants à l'école. Mais pour nous, le seul avantage à l'y renvoyer était la sociabilisation. Si elle ne peut pas jouer, toucher, être proche de ses camarades... le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Du coup on cherche des options. Peut-être va-t-on réessayer de proposer des appels en visio, même si les gamins de 4 ans ne sont pas très à l'aise avec cet outil... Peut-être, une fois que le confinement sera levé ou un peu adouci, pourra-t-on proposer à l'un ou l'autre des copains-copines du Moineau de venir faire des balades, dans la rue, en essayant que les gamins ne se touche pas trop trop, etc. Et puis une autre idée qui se fait jour depuis quelques jours, et qui a pris corps aujourd'hui. L'appartement à côté de notre rez-de-chaussée est occupé par une famille avec une petite fille, qui doit avoir un an de moins que le Moineau. On ne les connaît pas bien, notamment parce qu'ils ne parlent quasiment qu'espagnol (ils sont colombiens, il s'agit de la famille du frère d'un de nos voisins co-propriétaires, qu'on connait beaucoup mieux, pour le coup. Il les héberge chez lui depuis quelques mois, et loge chez sa copine, qui possède un autre studio dans la copropriété). On les entend, bien sûr, depuis qu'ils sont là, mais à part bonjour-bonsoir quand on se croisait dans la rue, on n'avait jamais vraiment entamé la discussion. Mais depuis quelques jours, la maman et la petite fille ont un rituel rigolo. Elles mettent un grand escabeau dans la cour pendant un quart d'heure en début de soirée, et se perchent ensemble sur la plus haute marche, pour regarder la rue. Et du coup, de chez nous, on voit leurs têtes dépasser au dessus de la barrière. Evidemment, ça a attiré l'attention du Moineau, qui s'est mise à avoir envie de les regarder sous différents angles (par les différentes fenêtres du rez de chaussée et du premier étage (la fenêtre de notre chambre surplombe leur cour..). J'ai essayé de freiner un peu en mode "c'est pas poli de regarder chez les gens", mais en fait, la curiosité du Moineau a fini par déclencher celle de l'autre petite fille, et ça a fait un peu boule de neige.

Du coup, quand j'ai croisé le regard de la dame tout à l'heure, j'ai fait coucou, et puis je suis sortie sur le pas de la porte avec ma fille, et on s'est toutes présentées. Et puis j'ai proposé que d'ici quelques jours, quand le déconfinement commencerait, la petite fille vienne jouer dans le jardin avec le Moineau. Ca me démangeait depuis quelques jours de leur proposer de profiter du jardin, mais je ne voyais pas trop comment garder ma fille dans la maison pendant que l'autre petite jouait. Le mieux est probablement qu'elles jouent quand même ensemble, et advienne que pourra. La maman m'a expliqué que sa petite avait repéré la maison en plastique du Moineau, et qu'elle avait très envie de venir dedans. J'ai aussi proposé de leur prêter une trottinette (mais elle en a déjà une). Donc d'ici dix jours, on devrait pouvoir mettre ça en route. Le truc marrant, c'est évidemment que C. ne parle qu'espagnol (et la maman ne parle pas bien français non plus). Ce soir, j'ai fait à peu près la traduction (je comprends à peu près, mais je ne suis pas du tout capable de parler plus que deux trois bribes, non plus), et le Moineau était un peu frustrée de ne pas comprendre.

Mais bon, on se refait pas, hein: j'ai proposé au Moineau de profiter des 10 jours qui viennent pour apprendre un peu d'espagnol. Je vais chercher une appli ou un site pour enfants, et hop. En plus, elle commençait à se plaindre un peu du "travail d'école". On va intégrer ça dans la palette des choses à faire "pour le travail", ça va passer comme une lettre à la poste. Tout à l'heure, pendant que je changeais le bébé, j'entendais Nawimba lui apprendre à dire en espagnol "tu veux aller aux toilettes?". Ce soir, elle était déjà en train d'imaginer: "Avec C., on pourra lire des livres! et on pourra faire des piques niques dans le jardin!" Ca va être marrant, je pense.

Et ça me rassure un peu, de me dire que ces deux petites filles auront au moins un peu de compagnie enfantine de temps en temps, plutôt que d'être toutes seules chacune dans son coin, à tourner en rond dans sa maison entre ses parents. C'est un bon compromis, je pense. Il faut que le virus circule, mais ce sera relativement limité, et moins stressant que l'ambiance "distanciation sociale de psychopathe" à l'école. Ca me réconforte beaucoup, cette perspective...

vendredi 1 mai 2020

Images d'un premier mai pluvieux

Nawimba, assis dans l'escalier devant le fenestron qui donne sur le jardin, essayant de distinguer pendant une grosse averse si le gazon pousse, en se servant des grosses jumelles vertes du Moineau (grossissement x2, quand même, attention!).

Nawimba et le Moineau reniflant, tour à tour, le bouquet de dahlias qui ne sentent désespérement rien. Je suis sortie sous la pluie cueillir trois roses. Maintenant, le bouquet sent bon :)

L'Etourneau, passionné par la pluie, tendu dans les bras de Nawimba au point de manquer de tomber. Pour aller voir, ce que c'est, cette eau qui se casse la gueule du ciel...

Le Moineau sortie avec son grand parapluie en forme de cloche et ses bottes de pluie, pour en profiter aussi.

Mes 15 plants de tomates rentrés il y a quelques jours à cause d'un refroidissement, qui s'inclinent peu à peu vers la fenêtre, pour chercher la lumière malgré la grisaille.

Et puis la tarte aux fraises pour l'anniversaire de Nawimba, et la peinture avec les enfants pour lui faire un cadeau (je sais pas si vous avez déjà essayé de faire une empreinte de la main d'un bébé de 6 mois, mais c'était pas le challenge le plus simple de la journée)!

mercredi 29 avril 2020

L'enfant et la mort

Ma fille a 3 ans et demi. Donc, déjà, la mort, c'est un truc qui la travaille, depuis un petit moment. Et alors là, avec le confinement, et les trucs angoissants dont Nawimba et moi n'arrivons pas à nous empêcher totalement de parler, le sujet est au cœur de la majeure partie des histoires qu'elle se raconte. Et elle se raconte BEAUCOUP d'histoires, dans une journée. Elle est bavarde, elle a beaucoup d'imagination, et en ce moment, le moindre bout de quoi que ce soit, livre qu'on lui lit, vidéo de conte qu'elle regarde sur conseil de la maîtresse, bribe de discussion qu'elle chope en passant à côté de nous, est recyclé immédiatement. Les amis imaginaires (qu'elle tue et ressuscite allègrement depuis déjà longtemps..) se sont encore multipliés (un jour je vous les présenterai, ça fera un post à soi tout seul).

Et donc ce matin, cette perle. Elle appelle (sur son téléphone imaginaire) ses nouvelles copines (imaginaires) Morane (qu'elle prononce Mor-Anne) et Moriane, leur raconte sa vie, tout ça tout ça. Tout à coup je l'entends dire "Eh, mais Mor, tu sais, tu sais, Mor, Mor..." (comme font les enfants quand ils semblent tester une formulation, presque en goûter la saveur). Elle fait une pause, puis se tourne vers moi, et m'explique qu'elle est au téléphone avec Morane, et qu'elle l'appelle "Mor", parce que c'est son surnom (c'est nouveau). Et que là, la pauvre Mor, ça va pas trop, elle doit aller à son travail, alors elle a besoin d'être réconfortée.

Donc sa nouvelle copine imaginaire s'appelle littéralement "mort", et son problème principal, c'est qu'elle doit aller à son travail. Bon, on dira pas que le Moineau a pas compris les enjeux du moment, hein....

(Bon, rassurez vous, elle parle aussi de princesses, de super-héros, de cochons, de chevreaux, de sorcières, tout y passe, hein..)

Courts

Or donc, il y a quelques jours, j'ai été prise d'une intense envie de couper mes cheveux. Ça me prend régulièrement, j'atteins d'un coup un seuil, et en général, j'agrippe les premiers ciseaux qui me tombent sous la main (souvent les ciseaux à ongles, parce que, oui, voilà, c'est comme ça), et je ratiboise. La dernière fois, j'ai réussi à attendre (alors que c'était pendant mon congé mat, ça a duré looongtemps, j'ai une volonté de fer) le moment fatidique où j'ai pu aller chez le coiffeur, j'étais trop fière de moi.

En ce moment, évidemment, je ne peux pas aller chez le coiffeur. Mais comme je ne sors pas non plus pour aller où que ce soit d'autre, je me suis dit que ce n'était pas dramatique de le faire seule, que si je me ratais, ça aurait peu de conséquences. Mais, comme nous sommes confinés, et qu'il y a une étrange pression sur les gens de ma classe sociale pour en profiter pour apprendre à faire des trucs chelou, genre, du levain, des masques en tissus, du gel hydroalcoolique, des pâtes maison, etc, je me suis dit que j'allais apprendre à me couper les cheveux à la tondeuse.

YOLO.

Pendant deux jours, j'ai regardé des tutos sur le net, en comptant sur mes boutons de gilet: j'le fais, j'le fais pas, j'le fais, j'le fais pas. Le sabot de la tondeuse de Nawimba permet de couper a maximum 23mm. Je trouvais que ça faisait court, j'avais peur de ne pas bien savoir manier la bête, etc.

J'ai fini par me lancer, et franchement, j'étais grave fière de moi. Je m'en suis carrément bien tirée. Nawimba m'a un peu aidée derrière, m'a rasé la nuque (détail qui a son importance dans la suite de l'histoire). J'ai pris plein d'autoportraits dans la journée, j'ai nargué mon fils qui avait moins de cheveux à empoigner, j'étais heu-reuse. Et puis à 22h, en passant devant le miroir, je me suis dit "mmh, il faudrait raccourcir un tout petit au dessus de l'oreille, pour que ça fasse un arrondi plus doux."

JE LE SAIS, POURTANT, QU'IL NE FAUT JAMAIS FAIRE DES RETOUCHES À QUOI QUE CE SOIT À 22H QUAND ON EST CONTENT DE CE QU'ON A PRODUIT DANS LA JOURNÉE! QUE CE SOIT UNE AQUARELLE, UN BRICOLAGE, UN POWERPOINT DE CONFÉRENCE OU UNE PUTAIN DE COUPE DE CHEVEUX!! JAMAIS!

Vous la voyez venir, là, la suite de l'histoire? Juste avant de relancer la tondeuse pour une mini-micro-pico-retouche au dessus de mon oreille droite, je vérifie le réglage, il est à 1 mm! Je me dis "ouhlala, je l'ai échappé belle, didonc, faut bien remettre à 23 mm, ahah, ça aurait été con de me raser le côté de la tête à blanc uhuh."

J'ai oublié de remettre le sabot.

Of course.

Y a au moins 5 personnes qui m'ont dit "Ah, c'est une erreur classique, tout le monde la fait!"

Ben voyez, j'aurais bien aimé être moins prévisible, moins comme tout le monde, sur ce coup là. Plus disruptive. Parce que là, le carré tout blanc juste au dessus de l'oreille, j'ai trouvé ça moyen glop (bon en vrai, j'ai pris un fou rire, parce que c'était tellement n'importe quoi).

Je vous passe les détails, mais en gros, pendant une heure, Nawimba et moi on a essayé de rattraper l'affaire, en se marrant comme des baleines. Clairement, il n'est pas plus doué que moi pour faire un dégradé à la tondeuse. On a appris qu'étrangement, coiffeur, c'est comme instit, nounou, cueilleur de fraise ou ministre de l'éducation nationale, ça s'improvise pas. Tous ces beaux enseignements de cette crise qu'on aura tirés ohlala, c'est magique.

Du coup, le soir même, j'avais un quart droit de la tête à 1 ou 2 mm, le reste du pourtour à environ 1 cm, et le dessus à 2 cm. Ça ressemble à rien. Ça me donne l'air vaguement guerrier, et ça fait ressortir mes cernes. J'ai l'air d'une skinhead zombie, c'est très seyant.

Conséquences immédiates: mon fils ne peut plus du tout me tirer les cheveux (c'est cool). Il est maintenant hors de question que je fasse des visio conférences avec mes étudiants (c'est ptet moins cool, encore que, j'en sais rien). Je suis pas très motivée pour sortir, et contente de ne pas être obligée de me déconfiner le 11 mai.

Cela dit, ça repousse super vite, et par ailleurs, on s'habitue assez vite. Et les sensations sous la main sont assez agréables, je dois dire. L'étourneau a l'air de penser la même chose. Il ne tire plus, mais il passe pas mal de temps à tripoter les différentes zones, j'ai l'impression d'être un tapis d'éveil avec des matières pour développer le sens du toucher. En moins coloré.

Bon, on aura bien rigolé sur cette histoire, qui restera dans les annales familiales, je pense. Et ça a fait rigoler aussi mon entourage, c'est toujours ça de pris, en ce moment :)

lundi 27 avril 2020

Peur(s)

  • J'ai peur que la colère ne déborde, et de taper sur ma fille.
  • J'ai peur de la renvoyer à l'école, et (un peu moins) peur de ne pas la renvoyer à l'école avant septembre.
  • J'ai peur de ne pas arriver à bosser suffisamment pour cette série de conférences que je suis censée faire en août. Et j'ai peur que ces conférences ne soient pas annulées.
  • J'ai peur d'être très angoissée par l'idée de sortir, même quand ce sera redevenu moins risqué
  • J'ai peur d'être reconfinée en été, qu'on soit coincés chez nous pendant les canicules, alors que la chambre des enfants est montée à 38 degrés l'an dernier.
  • J'ai peur de ne pas voir ma famille et mon neveu tout neuf (mon neuf-veu) avant des siècles.
  • J'ai peur que le Moineau ne puisse faire de fête d'anniversaire ni avec ses copains, ni avec ses grands-parents, alors qu'elle fantasme ces deux évènements depuis des mois.
  • J'ai peur d'être reconfinée à l'automne ou en hiver , dans la grisaille et la froidure, de ne pas pouvoir sortir de la maison trop sombre à cause du froid
  • J'ai peur pour mon père, agé, et pour ma sœur, qui sort d'une saleté de maladie qui l'a laissée épuisée.
  • J'ai peur pour mon département, très durement touché.
  • J'ai peur de tuer des gens si je sors.
  • J'ai peur de la crise économique qu'on va se taper dans les années qui viennent.
  • J'ai peur des répercussions politiques qui s'ensuivront.

Pas folichon, tout ça.

Edité le lendemain matin: les écoles ne rouvriront apparemment pas avant septembre dans ma ville, et ma série de conférences du mois d'août est reportée à l'an prochain. Déjà un peu moins d'incertitude, quelques heures après avoir posté cette note.

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