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dimanche 30 novembre 2025

Question

(novembre 2024)


Il y a des "Comment ça va?"
Difficiles à éluder.
Regard, intonation.
Une vraie question.
Zut.

La vulnérabilité a changé de côté.
Il est tranquille, moi ébranlée.
Il est solide, et moi liquide,
une petite flaque à ses pieds.

Il pourrait marcher dedans,
Ou la contourner, l’ignorer.
Mais non.
Il l’éponge, gentiment
Et lui rend
forme humaine.
Un peu inquiet, quand même.
Je me recompose à grand peine.

Arrête d’être gentil,
Arrête de me regarder,
Mon enveloppe va céder
Je vais recommencer
À m’écouler
Sur le joli parquet
De ton beau cabinet.

Je lui demande ce qu'il fait
De toutes les émotions
Déversées là, chez lui.
Il sourit.
"Je ne sais pas... J’ouvre la fenêtre."

Moi qui suis poreuse
Construites de fissures
Par lesquelles le monde s'engouffre,
Je trouve ça étrange:
ouvrir pour que les autres sortent.
Je note l’idée
Dans un coin de ma tête
Qui continue à fuir un peu
Par mes yeux.

Je le laisse s’occuper de mon corps
Pendant un moment.
Il le fait bien.
Pour le reste,
On verra demain.

mercredi 19 novembre 2025

À plat

Je suis fatiguée.
Rien de nouveau, on peut dire que je suis chroniquement fatiguée, depuis 10 ans, ou 25, ou... 40, je sais pas.

Ces jours-ci la fatigue est sociale, autant que physique. Depuis des semaines, je sens s'éroder ma capacité à faire, ou même juste entretenir, du lien avec les autres. Ces derniers jours, c'est arrivé à un stade assez critique. Tout ce que j'ai comme capacité à parler au monde et à l'écouter passe dans ma famille et mon boulot (et encore, dans la partie orale de mon boulot.). Je n'arrive plus à répondre aux gens, par mail, par texto. Ni à les rappeler au téléphone. J'ai désinstallé l'appli de mon unique réseau social sur mon téléphone. Les applis de messagerie n'ont pas encore suivi, mais ça me démange un peu...

Je ne suis pas fâchée, ni rien. Mon mec m'a parlé de dépression. Ça me fait doucement rigoler, parce que d'une part, je me sens nettement moins déprimée que l'hiver dernier, par exemple. Et que d'autre part, il lance le mot comme si c'était un gros signal d'alerte, comme s'il voulait me faire peur, comme si je vivais pas avec ça, sous une forme plus ou moins poussée, depuis bientôt 30 ans (ce qu'il ne reconnait pas vraiment, habituellement). C'est pas à moi que ça fait peur, ce mot-là, c'est à lui.

Bref. Je ne suis pas excessivement déprimée, ni angoissée.

Juste:

  • les enfants (et leur école, leurs ami(e)s, etc.) dans ma tête
  • mon mec dans ma tête
  • le reste de ma famille dans ma tête
  • les étudiant(e)s dans ma tête
  • les collègues dans ma tête
  • les ami(e)s, copaines, connaissances dans ma tête
  • le fucking monde entier dans ma tête.

C'est pas contre eux. C'est pas contre vous. J'ai juste besoin d'être entre moi et moi, il me faudrait des jours de solitude, des semaines. Pour le moment, j'ai de la chance quand j'arrive à avoir deux ou trois heures. Y a toujours un truc qui vient tambouriner urgemment à la porte.

L'hiver va être long.

jeudi 11 janvier 2024

11 janvier - Aujourd’hui à midi pile

Aujourd'hui, à midi pile, je rageais en écrivant un autre post (le timestamp est décalé d'une heure, j'ai pas encore eu le temps de corriger ça..).

J'ai passé la suite de la journée à osciller en déprime et colère (mais ai réussi à bosser un peu, ce qui n'était pas gagné.)

La séance chez la psy était rude. Il y a eu beaucoup beaucoup de trucs émotionnels assez lourds ces quinze derniers jours, j'ai pas bien de place pour tout ça.

Je suis littéralement vidée, ce soir.

Colère, colère, colère

Un thème récurrent dans ma vie ces derniers mois (ou deux dernières années, disons), est: la colère. Je me fous en rogne, ça monte très vite, et selon les cas, j'explose ou je suinte. Dans tous les cas, c'est désagréable, et les gens autour ne le vivent pas très bien. Moi non plus, notez bien.

Le truc c'est que je ne peux pas, pardon, je ne veux pas renoncer à ma colère. Une part de moi est en général très désolée pour les gens en face, sur le coup ou juste après. Mais là, tout de suite, je ne peux pas lâcher la colère.
Parce que ça fait 25 ans que je l'enfouis, que je lui refuse droit de cité. "J'aime pas me mettre en colère". "J'évite, parce que ça me coûte trop d'énergie". C'est des conneries, ça. Tu sais, ce qui m'épuise, en réalité? C'est de la contenir. Et tu sais pourquoi je la contiens? Pour protéger les autres, et pour me protéger moi. Parce que, très petite fille, j'ai identifié colère et violence. Je me suis imaginé que ma colère pourrait tuer, ou que je pourrais moi, littéralement, exploser sous son effet. J'ai des images très nettes de morcellement. À 40 ans, c'est encore assez flippant, enfant, ça devait être vraiment terrifiant, je suppose.
Sauf qu'en réalité, si je réfléchis deux secondes, je ne vais tuer personne (sans doute), et je ne vais pas partir en morceaux. En revanche, l'option "on va faire comme si ça existait pas tant que je ne suis pas complètement acculée, le dos au mur avec aucune autre issue que de me mettre en colère", elle, elle a un coût réel. Entre les cycles dépressifs récurrents depuis mes 13-14 ans, et l'anxiété croissante de la dernière décennie, l'addition commence à être sacrément salée.

Donc là, ça sort. Et ça sort notamment, devant le nez de gens que j'aime, qui ne comprennent pas toujours très bien d'où ça vient. Et qui ne trouvent sans doute pas très juste que je m'en prenne à eux, parce que "merde, on s'aime, quand même, tu peux pas t'en prendre aux connards qui peuplent le monde? Je me sens jugé·e, alors que tu sais très bien que je ne suis pas *comme ça*".

Mais voilà: les connards, j'ai jamais eu de mal à être en colère contre eux (de loin, en général). Et je ne me sens pas trahie par les connards, qui ne sont rien dans ma vie. Je me sens trahie, intensément trahie, comme une gamine de 3 ans, par les gens que j'aime fort et qui ont fait le choix INSENSÉ de ne pas être d'accord avec moi en permanence, et de ne pas vivre leur vie comme moi.
Voilà.
C'est nul. Je reconnais que c'est complètement crétin, que c'est excessivement puéril, mais là, tout de suite, c'est comme ça.
Je suis brassée par la remontée de la très petite fille et de l'enfant et de l'adolescente que j'étais, et qui ont toutes les trois appris à bien fermer leur gueule pour se conformer à ce qu'elles pensaient être attendu d'elles. J'ai passé des décennies à ne pas très bien savoir ce qui était moi, et ce qui était les autres, et ce qui était à moi et ce qui était aux autres.

C'est en train de bouger. Et c'est une putain de victoire, en fait.
Mais ça secoue quand même pas mal, et ça passe notamment (pas uniquement...) par la réappropriation de ma colère. MA COLÈRE À MOI.

Elle est moche: tant pis.
J'ai parfois tort: tant pis
Ça fait de moi une connasse hystérique et de mauvaise foi qui gueule pour des conneries: tant pis.
Je blesse les gens autour de moi...Tant pis. Une part de moi est en grosse panique à cause de ça ("Iels sont blessé·e·s et c'est ma faute"; "iels ne vont plus m'aimer"), et la dépression lutte souvent pour reprendre le dessus sur la colère, et arranger le coup, mais: TANT. PIS.

J'ai besoin de trouver une issue pour que ce truc sorte de moi, avant qu'il replonge sous la surface et que j'en reprenne pour 40 ans. J'ai assez confiance dans le fait que je vais trouver et que ça va se tasser. J'espère que je ne me serai pas mis la moitié de mes proches adultes à dos d'ici là (je précise "adultes" parce que pour le coup, j'essaye de moins exploser devant mes gamins, qui ont beaucoup encaissé l'an dernier).

Mais je traite les problèmes par ordre d'urgence. Et là, mon urgence, c'est moi.

dimanche 1 janvier 2023

Trop peu de pommes au pommier

De 2022, j'ai été tentée de dire que c'était une année sèche, une année à vide. Mais j'ai beaucoup pleuré, et beaucoup débordé.

Si je réfléchis trois minutes, je trouve plein de moments chouettes, de plaisirs, de jolies choses à regarder, quelques fiertés et auto-satisfactions, aussi. Mais le sentiment qui prédomine, pour cette année, est l'accablement.

Beaucoup de frustration, beaucoup de colère.
L'épuisement.
L'angoisse massive et répétée.
La dépression.

Dans mes relations familiales, professionnelles, amicales parfois. À cause de l'état du monde, aussi, qui me terrifie, et que je peine à tenir à distance.

Je garderai probablement de cette année le sentiment de la difficulté à communiquer, à me faire entendre et écouter, et sans doute aussi, à écouter les autres, parce que je n'ai plus l'énergie de le faire, et que cela s'est toujours beaucoup fait à mes dépens.
L'impression de ne plus avoir de marge du tout, que les réserves dans lesquelles je suis obligée de puiser depuis des années sont à sec. L'envie qu'on s'occupe de moi comme d'une très petite fille, ou de voir des gens et de laisser l'extérieur me donner du bien-être, ou au contraire d'envoyer bouler le monde entier, parce que j'en peux plus.

Mes rôles de mère, d'amoureuse, d'amie, d'enseignante, de responsable de département demandent que je m'occupe, que je prenne soin des autres. Je n'y arrive plus très bien. Et je ne sais ni comment y arriver à nouveau, ni comment réduire la voilure pour prendre soin de moi. J'ai passé le creux très creux de la vague en novembre, mais si rien ne change, je me retrouverai à suffoquer à la prochaine. Je ne regretterai pas 2022, mais je ne peux pas dire que j'aborde 2023 avec enthousiasme.

Je me cramponne, je crois, à ce qui m'apporte du plaisir. À ceux qui m'apportent du bien-être et de l'écoute, aussi. Au-delà de mes très proches, pas mal de monde sur les réseaux sociaux. Les remerciements adressés ci et là à ceux qui m'ont fait du bien avec leurs mots ne sont pas à la mesure de la gratitude que je ressens. J'espère que vous vous reconnaîtrez si vous passez par ici. Merci d'être là.

(Le titre de ce billet est une citation d'Anne Sylvestre. La chanson est écoutable ici)